07/10/2012

Un jour dans ta vie de coach...

Nous sommes le 28 mai 2011. Milieu d'après-midi. Championnats LBFA cadets-scolaires à Nivelles. Le concours de triple saut scolaires hommes va débuter. La température est relativement douce, le vent quasi nul. Quelques nuages ça et là, mais pas de pluie au programme.

Bleu participe à ce concours. Avec une seule idée en tête : le minimum pour les Jeux Olympiques de la Jeunesse Européenne (EYOF) qui auront lieu deux mois plus tard à Trabzon en Turquie. De ces EYOF, Bleu en rêve depuis plusieurs mois, depuis que les minimas ont été annoncés en fait. Et c'est devenu un véritable objectif depuis les 14m46 qu'il a réalisés au mois de janvier à Gand. Blanc aurait également dû participer à ce concours, mais il s'est occasionné une déchirure à l'ishio droit dix jours auparavant. Pas de chance pour Blanc qui aurait aimé prendre part à cette petite "sauterie"... Pas grave, il y en aura d'autres !

Blanc est évidemment présent dans le public pour supporter Bleu. De nombreux amis de Bleu sont également venus l'encourager et le porter au-delà de cette fameuse limite fixée à 14m64. Sa maman est là aussi, discrète, tendue. Elle aimerait tellement voir son champion réaliser ces foutus minimas... Pour le voir heureux, épanoui... Et pour qu'il puisse enfin se concentrer sur les examens qui arrivent à grand pas ! Vert, le superman-croupier du CABW, est également présent le long du sautoir. Depuis quelques jours, Vert motive Bleu par tous les moyens. Il a confiance en son petit frère spirituel, il sait qu'il est capable d'atteindre son objectif en ce jour de printemps. Rose, responsable des cadets-scolaires à la LBFA, est dans les parages aussi. Juste avant le concours, je lui demande si un éventuel repêchage est possible s'il n'atteint pas la limite exigée. Elle me répond que non.

Il faudra donc que Bleu saute au-delà de 14m64. Le week-end passé à Herve, il a triple bondi à 14m47, j'ai donc bon espoir. Sinon, ce sera pour le week-end d'après à Dampicourt. Mais si on pouvait éviter le déplacement en terre gaumaise... Je ne me souviens plus des deux premiers essais de Bleu. Plus le moindre souvenir. Il est probable qu'il s'était déjà assuré la victoire. Bleu s'élance maintenant pour son troisième essai. Malgré une fin d'élan un peu étriquée, je devine qu'il va loin. Verdict : 14m61 ! Le sentiment est mitigé : d'un côté, il montre qu'il est en super forme et qu'il a clairement le minimum dans les jambes, d'un autre côté il reste à 3 cm de la barrière fatidique.

Bleu est bien dans son concours, je décide de ne pas l'ennuyer avec un quelconque détail technique. Certains entraîneurs refont un cours de technique à leur athlète entre chaque saut, ce n'est pas mon genre. Les 3 cm, il ira les chercher à la volonté, au mental. Et Bleu, il a tout simplement un énorme mental. Son 4ème essai est du même acabit que le 3ème. La mesure prend plus de temps, l'officiel tarde à donner le résultat. Le suspense est insupportable, et à ce moment-là je hais les officiels comme jamais... Que ce type nous délivre de cette interminable attente!

14m62. Un centimètre de gagné mais il en manque toujours deux. C'est un sentiment de frustration qui règne alors le long du sautoir après la sentence de ce diabolique officiel spadois. Heureusement il reste encore deux essais à Bleu, et mon éternel optimisme me fait garder espoir.

Bleu est déjà retourné à sa place, complètement dans sa bulle. Il a cette capacité à s'isoler, à se concentrer sur son concours. Je me dis que quand même, je dois aller le voir, lui dire quelque chose. D'autant que j'ai la bougeotte. Je vais donc à la rencontre de Bleu au bout de la piste d'élan. J'entrevois une grande sérénité dans son regard. A ce moment-là, j'ai compris. Il va les faire, ces p****** de minimas, et si ce n'est pas au 5ème essai, ce sera au 6ème. Tel est son destin. Son destin de champion. Je lui dis simplement « tu vas le faire ». Avec un brin de fatalité dans la voix. Comme pour dire : « de toute façon, tu n'as pas le choix » !

En attendant le 5ème essai, je ne tiens plus en place. Les autres participants ne semblent être là que pour permettre à Bleu de se reposer entre les essais. C'est à son tour maintenant. Enfin! Il demande la claque, adjuvant indispensable pour réaliser une performance telle que celle exigée par la Ligue. Il émet un petit cri pour se motiver. Deux centimètres à grignoter. Juste deux.

Il s'élance, prend une planche parfaite et semble atterrir plus loin que lors de ses deux tentatives précédentes. La tension est à son comble. L'officiel voit la mesure sur le décamètre, sourit, annonce 14m... et attend quelques secondes avant de nous donner les centimètres. J'ai vraiment envie de descendre sur le sautoir et de l'étrangler. Ce mec est sadique ! Puis vient la délivrance : 65.

Je me prends la tête à deux mains, me retourne vers la rue, comme pour mieux profiter du moment présent, sans être distrait par quelque élément extérieur. Quelqu'un me prend par la taille en criant. Sur le moment, je ne me demande même pas de qui il s'agit. Plus tard, je compris qu'il s'agissait en fait de Jaune. Je me ressaisis, jette un coup d'oeil du côté de la piste et voit Bleu courir vers l'élan de javelot, son maillot de club à la main. Il hurle de joie. La plus belle des images.

L'émotion m'envahit, j'ai les larmes aux yeux. Je m'étais toujours dit que lors du saut qualificatif de Bleu, je lèverais déjà les bras durant son deuxième bond, je remettrais ma veste avant la mesure, et je quitterais le sautoir, imperturbable, une fois la distance annoncée. Juste pour faire le malin. Hé bien non, j'ai les yeux tout mouillés, au même titre que Rose d'ailleurs qui pourra s'occuper d'un athlète de plus à Trabzon. Les dernières semaines furent difficiles pour Bleu à cause de ce satané mal de dos, qu'il aura finalement su dompter pour atteindre son nirvana. Je suis tout simplement heureux pour lui.

Mais ma conscience extra-professionnelle est vite de retour, car Bleu doit encore participer à la finale du 200 mètres. Finale qui a pris du retard à cause de lui. Bleu n'a pas le temps de changer de pantoufles et va donc courir la finale avec ses spikes de triple. Je me dirige vers le départ et lui crie quelques conseils inutiles auxquels il répondra par un grand sourire. Ce 200, ce sera du pur plaisir pour lui, une sorte de demi-tour d'honneur en compagnie de 5 valeureux sprinteurs en bagarre pour un titre. Très pragmatique, Rose me demande si c'est une bonne idée qu'il fasse ce 200. Elle a peur qu'il se blesse. Mais je sais très bien qu'il ne peut rien lui arriver car aujourd'hui les dieux du Groupe Sauts veillent sur lui ! Je la rassure, donc. Pour la petite histoire, Bleu ne terminera même pas sur le podium de ce 200 mètres.

Je ne revis Bleu qu'une dizaine de minutes plus tard pour une très chaleureuse accolade. Il l'avait fait ! On l'avait fait ! Et on ne devra pas se taper Dampicourt le week-end prochain... Le podium fut magnifique. Quelqu'un du club a réussi à convaincre la responsable catering d'offrir une bouteille de champagne à Bleu, ce qui relève de l'exploit. Bleu rayonne sur le podium. Je découvre à ce moment-là les deux athlètes qui ont terminé deuxième et troisième du concours. Ils n'étaient donc pas là uniquement pour permettre à Bleu de se reposer entre les sauts. A leur niveau, ils sont tous aussi méritants que lui.

Une fois le podium terminé, je me dirige vers la buvette du foot. Il fait drôlement soif tout d'un coup ! Sur le chemin, je rencontre Noir qui a suivi le concours de loin. Il me dit que c'est fantastique ce qu'il s'est passé, qu'il a vibré en compagnie d'autres personnes aimantées par le bar. Et il promet qu'il ira à Trabzon! Je le reconnais bien là, à la fois généreux et irréaliste. Et un peu bourré, aussi... L'après-midi s'est donc terminée dans la buvette du CSN. Une table se constitue, avec Bleu, Blanc, Jaune, Vert et d'autres... Il est temps pour tout le monde de laisser peu à peu filer l'émotion, et de commencer à intégrer l'exploit, de le laisser emplir notre conscience. Je bois un verre avec Rouge, mon alter ego de club de Spa. Une bonne Jean De Nivelles!

Bleu fêtera sa qualification avec Blanc dans un restaurant « gastronomique » de la Place Emile Delalieux. Un bon pain-boulette, juste récompense d'une journée inoubliable. Pour ma part, la journée se terminera dans un confortable salon de l'Avenue Général Jacques, avec Brun dans les parages. Brun, également entraîneur des cadets-scolaires au CABW, et avec qui je vais une nouvelle fois refaire le monde de l'athlé. Jusqu'à ce que mes yeux se mettent à pleurer, de fatigue cette fois...

Ne faisant pas partie de la délégation belge pour les EYOF, comme aucun autre entraîneur francophone d'ailleurs, je ne me suis pas rendu à Trabzon. J'ai suivi les résultats du concours de qualification de Bleu en live sur le net, tout en chattant avec Rouge. J'ai exulté dans ma chambre à coucher en voyant apparaître la performance de Bleu lors de son 3ème essai. 14m68! Avec un vent légèrement trop favorable pour que la performance soit homologuée, mais le principal était qu'il se qualifie pour la finale! Une finale qui se disputera le lendemain des qualifications et dont il terminera 12ème et dernier, son dos le faisant trop souffrir. Ces EYOF furent une expérience extraordinaire pour Bleu, que ce soit au niveau sportif ou au niveau humain.

Si je n'ai pas été à Trabzon avec Bleu, j'ai pu participer au stage pré-EYOF à Gand. Je garde un immense souvenir d'un entraînement dans la salle de Gand. La salle était vide, il n'y avait que Bleu et moi sur le tartan. Tous les autres athlètes et entraîneurs étaient sur la piste extérieure à ce moment-là. Grands moments de coaching. Juste un athlète avec son coach. Et un sautoir. On en a profité. A fond.

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18/03/2012

Mes premiers entrainements

8 février 2005. Cours de Risk management. J'attends la pause avec impatience, non pas pour aller faire une partie de baby-foot comme c'est le cas d'habitude, mais pour rejoindre Auderghem et son Centre Sportif de la Forêt de Soignes, où je vais aller donner le premier entrainement d'athlétisme de ma vie.

Une semaine plus tôt, le jour de mes 23 ans, j'avais rencontré les dirigeants du club d'IXEL avec lesquels je m'étais engagé à entrainer les benjamins, pupilles et minimes tous les mardis. Parmi eux, un certain Milou (!) Blavier, légende de l'athlétisme bruxellois qui s'est souvenu m'avoir vu courir dans la catégorie benjamins. J'en ai profité pour demander à un des entraineurs présents, un certain Grégory H., comment le club était structuré mais la simple évocation du mot « structure » sembla lui donner des sueurs froides.

J'arrive donc au stade le 8 février vers 18h pour donner mon premier entrainement. Je n'ai absolument aucune expérience avec les jeunes, j'ai simplement suivi une formation d'initiateur fin 2004 à Jambes. Cette formation m'a permis de remettre un pied (et mêmes les deux) dans le monde de l'athlétisme, monde que j'avais quitté en septembre 2000 pour d'obscures raisons éthylico-scolaires.

Seulement cinq athlètes sont présents : un benjamin, deux pupilles et deux minimes. Le benjamin est minuscule et je me demande s'il arrivera au bout de la séance. J'ai prévu un entrainement de haies, discipline que je ne maîtrisais pas du tout étant athlète. Je suis donc à la lettre ce que j'ai appris en formation. Il faut adapter les intervalles en fonction des athlètes, canaliser leur énergie, leur donner un conseil à la fois, respecter l'horaire pour avoir fini à 19h30 pile et bien d'autres choses encore qui font le charme, je m'en rends compte alors, d'un entrainement d'athlétisme destiné aux enfants.

Mon premier entrainement se déroule comme je l'espérais, le contact étant très bien passé avec les athlètes. Je rentre directement chez moi (ou plutôt à mon kot) car au club d'IXEL, il n'y a pas de buvette... D'ailleurs, ils n'ont qu'une petite cabane en guise de local à matériel. Sur le chemin du retour, je repense à l'entrainement, à ce que j'aurais pu mieux faire, à ce que je n'aurais pas dû faire. Tout cela est nouveau pour moi mais ça me plait... J'ai déjà hâte d'être le mardi suivant !

J'arrive à l'avance pour mon deuxième entrainement. Le stade est vide, l'air est frais et la forêt de Soignes est belle. Une sensation de bien-être emplit mon corps tout entier.

Les enfants arrivent au compte-goutte (doux euphémisme)... En fait, ils ne sont que deux. La présidente du club me dit que c'est normal, rares sont ceux qui viennent tous les mardis. Je suis un peu déçu mais pas pour longtemps car je me rends compte que parmi les deux enfants, il y en a un, Malko de son prénom, qui a d'indéniables qualités athlétiques. Il se débrouille très bien en longueur, discipline qui était au programme de mon entrainement ce jour-là. On a le temps de discuter et il me raconte qu'il va souvent en compétition, qu'il connait tous ses adversaires et qu'il adore l'athlé. Un petit minime passionné, comme je l'étais à son âge... Génial! Mais après l'entrainement, son père m'annonce qu'il va bientôt changer de club car IXEL n'est pas à la hauteur au niveau encadrement. Snif !

A la fin de la séance, Grégory H. vient me voir, il a un super projet à me proposer : il a prévu d'ajouter un entrainement le dimanche matin pour les jeunes. Moi d'habitude le dimanche matin, je dors... Ca ne va pas le faire. Mais il parvient à me motiver pour être présent à ses côtés lors de la première séance, au cas où il y aurait trop de jeunes présents (?), ce qui exigerait un dédoublement des groupes (??). J'accepte en me disant que je ne ferai pas trop la fête le samedi soir, afin d'être en forme pour cet entrainement dominical.


Je me rends donc au petit stade de la Rue Volta à Ixelles (celui de la Forêt de Soignes n'étant pas disponible) le dimanche 13 février à 10h. N'ayant pas pu calmer mes ardeurs lors de la soirée de la veille, j'arrive au stade avec le caillou dans l'arrière-train. Bref, j'ai la tête dans le cul.
Vu les efforts accomplis pour être présent en cette matinée brumeuse, j'espère qu'il y aura du monde. Mais à 10h15, il n'y a toujours personne, à la grande stupéfaction de Grégory H. Je me demande vraiment ce que je fais là.

Vers 10h20 une athlète arrive enfin, une enfant de 8 ans qui n'a jamais pratiqué l'athlétisme. Je discute avec sa maman, et mon très cher collègue en profite pour filer à l'anglaise ! Je n'ai plus que mes yeux (vitreux) pour pleurer. Je donne une séance de longueur à la jeune fille, qui arrive péniblement à sauter deux mètres. Malgré tout, je prends un certain plaisir à donner cet entrainement. Ce doit être ça, le feu sacré...

Le mardi suivant, ce sont les vacances de Carnaval et je n'ai qu'une seule athlète à l'entrainement. Elle est minime, je décide de lui faire lancer le disque. Elle souffre d'un léger handicap moteur, ce qui rend la chose plus compliquée pour elle. Mais elle s'accroche, lance des dizaines de fois et ce avec beaucoup d'énergie et d'envie. Elle ne veut pas s'arrêter. Quel mental ! On termine la séance plus tard que prévu. Des années plus tard, Emilie gagnera des médailles d'or lors des championnats de Belgique paralympiques en sprint, c'est ce que j'apprendrai avec joie via une news publiée sur le site de la LBFA.

Les mardis suivants seront assez semblables aux précédents : peu d'athlètes, des enfants de niveaux et d'âges très différents et un niveau d'assiduité et de motivation assez limité... Mais même dans ces conditions, c'est avec plaisir et enthousiasme que je viens donner mes séances d'entrainement à Auderghem !

Début avril, il y a une compétition organisée à Auderghem. Des 1000 mètres sont au programme. Peu d'athlètes du club sont présents. L'un des jeunes que j'ai eu l'occasion d'entrainer, Nathan, abandonne en pleurs après 600 mètres, victime de problèmes respiratoires. Son père est déçu, et moi aussi. Il ne continuera pas l'athlétisme très longtemps mais au moins il aura goûté, ne fusse qu'un tout petit peu, à ce bel et noble sport.

Pour des raisons d'emploi du temps liées à mes études, je cesserai d'entrainer au club d'IXEL à la mi-avril.

Quelques mois plus tard, en septembre 2005, je reviendrai dans le club de mon coeur et de ma
ville, le CABW, pour y entrainer les minimes. Le feu sacré sera toujours là et la chance me sourira.

Mais jamais je n'oublierai où tout a commencé...

11:12 Écrit par Hugues dans Divers | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

21/03/2011

Un jour dans ta vie d'athlète...

Un samedi de septembre 1999. Championnats de Belgique cadets-scolaires à Oordegem. Il fait chaud, très chaud ce jour-là. Tu es scolaire 2 et tu vas participer aux séries du 400 mètres, ta spécialité.

Tu arrives sur place 1h30 avant ta course et tu te diriges directement vers le tableau des résultats. En terme de performances, il n'y a rien eu d'extraordinaire pour le moment. Tu décides alors d'aller à la rencontre de ton entraineur, dont tu aperçois le crâne chauve et luisant à quelques dizaines de mètres. Sur le chemin, tu croises un athlète de ton club, d'origine djiboutienne. Il te dit que son 100 mètres n'a pas été à la hauteur de ses espérances. Tu t'en étais rendu compte en voyant les résultats... Tu le réconfortes comme tu peux et tu te diriges ensuite vers ton coach.

Quand tu arrives près de lui, il semble étonné de te voir. « Ha oui c'est vrai tu es sélectionné ». En fait tu as le 16ème temps des engagés. Rien d'extraordinaire donc, mais tu arrives à ces championnats assez motivé, ce qui te semble plutôt normal. Ce sont les championnats de Belgique, quand même! En voyant la liste des engagés, tu t'es même dit qu'une place en finale était envisageable. Tu demandes à ton coach ce qu'il en pense... Il te répond avec le sourire: « tu n'as aucune chance ». Tu te rends compte à ce moment-là qu'il se demande pourquoi tu es venu.

Durant l'échauffement, tu essaies de faire abstraction de ce qu'il a dit. Tu profites du beau temps, tu
observes les autres athlètes. On sent qu'on est aux championnats, le stress est présent. Tu transpires beaucoup, ce qui est plutôt bon signe. Ton corps se met en route, tu as des fourmis dans les jambes. L'échauffement terminé, tu passes aux toilettes, tu enfiles tes pantoufles et tu fais quelques déboulés sur la superbe piste de ce centre Bloso situé dans la campagne flamande. L'an passé, tu as terminé 6ème en triple saut sur cette même piste, elle te réussit plutôt bien. Du triple saut, tu n'en fais plus. De la longueur non plus. Problème de motivation et d'encadrement. Donc tu t'es mis au 400 en début de saison, une distance sur laquelle tu avais fait auparavant des résultats intéressants sans entrainement spécifique.

Te voilà au départ. Tu es placé au 7ème couloir de ta série. Un couloir de seconds couteaux te dis-tu. Tu es rentré de vacances il y a un mois et depuis tu penses beaucoup à ces championnats. Pourtant quand tu arrives à l'entrainement, ton coach n'a rien préparé pour toi. Tu es le seul coureur de 400 du groupe en fait. Tu es transparent. Invisible. Inodore. De temps en temps, tu fais ta séance avec un coureur de 800 senior qui a un record en 1'49. Mais il ne te parle pas, ne te regarde pas. Il fait comme si tu n'existais pas. Heureusement tu t'entends bien avec les autres coureurs de 800, avec qui tu rigoles bien à l'échauffement.

Le coup de pistolet est donné. Ton départ et tes premiers appuis ne sont pas fameux vu que tu ne fais quasiment jamais de départ en bloc à l'entrainement. Mais une fois redressé, tu sens que tes jambes tournent bien. Tu as un bon repère avec l'athlète du RIWA situé au couloir 8 qui a un record un peu en-deça du tien. En fin de virage, le gars du couloir 4 t'a déjà dépassé. Il a un record en 48'' il faut dire. 5'' de mieux que toi. Un autre monde. Tu te demandes pourquoi il est si fort. Il est plus petit que toi, un peu plus musclé. Pas impressionnant quand il court. Mais ça avance. Un mystère.

Sortie du premier virage. La « ligne droite opposée » s'étend devant toi. Tu n'as évidemment reçu aucune consigne de ton entraineur quant à un éventuel temps de passage à la mi-course. Donc tu décides de courir cette ligne droite à la même vitesse que l'athlète du couloir 8. Et il va vite le bougre. Tu penses à une course disputée ici-même au mois de juin, tu y avais battu ton record. Tu l'aimes bien cette piste. Fin de la ligne droite opposée, que tu as bien négociée. Tu as fait des dizaines de compétitions dans ta vie, tu as de l'expérience. Tu sens que tu passes en 25'' au 200. Même si personne ne pourra jamais te le confirmer.

Début du deuxième virage. L'endroit où il y a toujours le moins de monde sur un stade. Un moment de grande solitude pour le coureur de 400. Tu penses à rester relâché, à parcourir ce foutu virage à bonne vitesse tout en gardant un maximum d'énergie. Tu penses à Michael Jonhson. Même si toi, tu ne feras jamais de haut niveau. Tu n'as pas le physique et surtout tu n'as pas le mental. En plus personne ne croit en toi. En tout cas c'est ce que tu ressens, ce qui revient au même. Le virage est difficile. Tu commences à avoir mal aux jambes, le gars du couloir 8 prend ses distances. Tu ne veux pas voir ce qui se passe à gauche. Tu souffres, tu te demandes ce que tu fais là.

Sortie du deuxième virage. Tu as toujours aimé ce moment de la course. Le moment où tu quittes le virage pour entrer dans la dernière ligne droite. Le moment où tu te concentres sur ton placement pour ensuite tout donner. A l'instant où tu aperçois la ligne d'arrivée, tu penses à ton entraineur. A ce qu'il a dit. « Tu n'as aucune chance ». Tu as envie de le contredire. Cette envie est plus forte que tout. Tu crèves d'envie de revenir demain et de courir la finale. Il te reste 100 mètres pour y arriver.

Tu déployes ta foulée. Tu dépasses le gars du couloir 8. Tu ne sens plus tes jambes. Tu continues d'accélérer, encore et encore. Course contre-la-montre. Tu vas y arriver, tu dois y arriver. Tu dois montrer à tous ce dont tu es capable. Aux gens de ton club. A ton coach. 20 derniers mètres. Interminables, mais pas si minables. Tu t'arraches sur la ligne. Tu sais que tu as battu ton record mais sera-ce suffisant... Tu t'en fous du chrono, tu veux juste revenir demain.

Un quart d'heure après la course. Tu as déjà bien récupéré. Les résultats complets sont maintenant affichés. Tu es 3ème de ta série, record personnel battu de 50 centièmes. Alors tu calcules. Un, deux, trois, quatre, cinq, six. Il y en a six en tout devant toi. Tu as le 7ème temps des séries. La piste d'Ordegem dispose de 8 couloirs, il y a donc une place pour toi en finale. Tu es au 7ème ciel. Tu es seul à ce moment-là, tu ne peux donc pas partager ta joie. Tu ne sais pas où est ton coach. Tu te dis qu'il est sans doute déjà parti. Tu ne le sauras jamais.

Le lendemain tu battras encore ton record personnel de quelques centièmes et tu termineras à la 7ème place. Belle satisfaction. Un an plus tard, à l'approche de ton entrée à l'université, ton entraineur te conseillera d'arrêter l'athlétisme. Tu étais pourtant motivé pour continuer. Mais tu écouteras ses conseils. Et tu arrêteras l'athlétisme à 18 ans, comme beaucoup avant toi.

Mais la passion, elle, restera. Et 5 ans plus tard, tu reviendras...

22:52 Écrit par Hugues dans Divers | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

01/12/2010

Quizz

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Cette photo m'a donné une idée de quizz...

1. Qui est ce jeune athlète à la foulée aérienne?
2. Dans quel village de Wallonie se déroule cette course?
3. Quel est le lien entre cette photo et le rap?
4. Lors de quelle saison la photo a-t-elle été prise?
5. Le garçon au polo vert est le fils d'un ancien athlète du CABW. Quel est le nom de cet athlète?

J'offre un verre à la personne qui fera 5/5...

23:58 Écrit par Hugues dans Divers | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

27/07/2010

belle histoire

Lu sur le site Internet du Soir:

L’Irlandais Jason Smyth, qui a perdu 90 % de sa vue, est devenu mardi le premier athlète paralympique à participer à un Championnat d’Europe d’athlétisme, en courant les séries du 100 m à Barcelone. Le jeune Irlandais, 23 ans, disputera même les demi-finales mercredi, grâce à sa 4e place en série, courue aux côtés du Français Christophe Lemaitre, avec un temps de 10.43 secondes. « La moitié du chemin pour atteindre ses objectifs c’est juste de croire qu’on peut le faire », assurait récemment Smyth, gêné par un champ de vision réduit. « Je vois à peu près 10 % de ce que voit une personne normale », expliquait le sprinteur irlandais sur le site de la Fédération européenne d’athlétisme (EAA).

22:13 Écrit par Hugues dans Divers | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

13/12/2009

message d'Olivier

Olivier a laissé hier un commentaire sous un article du 29/11. Pour que ce texte soit lu par le plus grand nombre, j'ai pensé qu'il serait bon de le mettre comme article à part entière:  

"Je viens enfin de trouver comment faire un commentaire ...
donc ben voila j'en fais un :
j'adore l'athlé et je suis vraiment super super heureux d'avoir commencé. Je ne pouvais vraiment pas tomber mieux que ca . C-à-D le sport est super , le groupe est d'enfer et l'entraineur... entraineur ou semi-Dieu ? :D . Cette saison s'annonce pleine de bonnes choses à accomplir mais le but reste bien sûr d'apprécier ce que l'on fait! Merci au CABW mais plus particulièrement au Groupe Saut!"
Oli.

Bel hommage d'un jeune athlète à son sport, son club, son team et... son entraineur.

Olivier a commencé l'athlétisme il y a quelques mois et fait déjà partie des meilleurs scolaires belges en 60 mètres et triple saut. Et bientôt en longueur je n'en doute pas ;-)

12:07 Écrit par Hugues dans Divers | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

01/12/2009

équation

Pour vous préparer à votre examen de mathématiques, voici une équation du 1er degré à deux inconnues. Saurez-vous la résoudre?

Réussite en athlétisme = X % de talent + Y % de travail

Réponse

Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Chacun a sa propre opinion.

Ma réponse à moi, c'est X = 10 et Y = 90.

Le talent seul ne suffit pas. Un Usain Bolt ne serait arrivé à rien s'il ne s'était pas entrainé sérieusement. Il bosse dur depuis des années et il est aujourd'hui récompensé de ses efforts.

Le travail est toujours récompensé. Si vous êtes moins doués que Bolt (ce qui est plus ou moins le cas de tout le monde!) mais que vous vous entrainez sérieusement, vous ferez tôt ou tard des résultats et vous monterez sur des podiums. Il faut savoir être patient et ne pas brûler les étapes.

Evidemment, il est essentiel de prendre du plaisir à l'entrainement, sinon on sature rapidement. L'athlétisme est un sport exigent aux niveaux physique et mental. Si vous vous entrainez avec de bons potes, tout sera plus facile!   

12:24 Écrit par Hugues dans Divers | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |