18/03/2012

Mes premiers entrainements

8 février 2005. Cours de Risk management. J'attends la pause avec impatience, non pas pour aller faire une partie de baby-foot comme c'est le cas d'habitude, mais pour rejoindre Auderghem et son Centre Sportif de la Forêt de Soignes, où je vais aller donner le premier entrainement d'athlétisme de ma vie.

Une semaine plus tôt, le jour de mes 23 ans, j'avais rencontré les dirigeants du club d'IXEL avec lesquels je m'étais engagé à entrainer les benjamins, pupilles et minimes tous les mardis. Parmi eux, un certain Milou (!) Blavier, légende de l'athlétisme bruxellois qui s'est souvenu m'avoir vu courir dans la catégorie benjamins. J'en ai profité pour demander à un des entraineurs présents, un certain Grégory H., comment le club était structuré mais la simple évocation du mot « structure » sembla lui donner des sueurs froides.

J'arrive donc au stade le 8 février vers 18h pour donner mon premier entrainement. Je n'ai absolument aucune expérience avec les jeunes, j'ai simplement suivi une formation d'initiateur fin 2004 à Jambes. Cette formation m'a permis de remettre un pied (et mêmes les deux) dans le monde de l'athlétisme, monde que j'avais quitté en septembre 2000 pour d'obscures raisons éthylico-scolaires.

Seulement cinq athlètes sont présents : un benjamin, deux pupilles et deux minimes. Le benjamin est minuscule et je me demande s'il arrivera au bout de la séance. J'ai prévu un entrainement de haies, discipline que je ne maîtrisais pas du tout étant athlète. Je suis donc à la lettre ce que j'ai appris en formation. Il faut adapter les intervalles en fonction des athlètes, canaliser leur énergie, leur donner un conseil à la fois, respecter l'horaire pour avoir fini à 19h30 pile et bien d'autres choses encore qui font le charme, je m'en rends compte alors, d'un entrainement d'athlétisme destiné aux enfants.

Mon premier entrainement se déroule comme je l'espérais, le contact étant très bien passé avec les athlètes. Je rentre directement chez moi (ou plutôt à mon kot) car au club d'IXEL, il n'y a pas de buvette... D'ailleurs, ils n'ont qu'une petite cabane en guise de local à matériel. Sur le chemin du retour, je repense à l'entrainement, à ce que j'aurais pu mieux faire, à ce que je n'aurais pas dû faire. Tout cela est nouveau pour moi mais ça me plait... J'ai déjà hâte d'être le mardi suivant !

J'arrive à l'avance pour mon deuxième entrainement. Le stade est vide, l'air est frais et la forêt de Soignes est belle. Une sensation de bien-être emplit mon corps tout entier.

Les enfants arrivent au compte-goutte (doux euphémisme)... En fait, ils ne sont que deux. La présidente du club me dit que c'est normal, rares sont ceux qui viennent tous les mardis. Je suis un peu déçu mais pas pour longtemps car je me rends compte que parmi les deux enfants, il y en a un, Malko de son prénom, qui a d'indéniables qualités athlétiques. Il se débrouille très bien en longueur, discipline qui était au programme de mon entrainement ce jour-là. On a le temps de discuter et il me raconte qu'il va souvent en compétition, qu'il connait tous ses adversaires et qu'il adore l'athlé. Un petit minime passionné, comme je l'étais à son âge... Génial! Mais après l'entrainement, son père m'annonce qu'il va bientôt changer de club car IXEL n'est pas à la hauteur au niveau encadrement. Snif !

A la fin de la séance, Grégory H. vient me voir, il a un super projet à me proposer : il a prévu d'ajouter un entrainement le dimanche matin pour les jeunes. Moi d'habitude le dimanche matin, je dors... Ca ne va pas le faire. Mais il parvient à me motiver pour être présent à ses côtés lors de la première séance, au cas où il y aurait trop de jeunes présents (?), ce qui exigerait un dédoublement des groupes (??). J'accepte en me disant que je ne ferai pas trop la fête le samedi soir, afin d'être en forme pour cet entrainement dominical.


Je me rends donc au petit stade de la Rue Volta à Ixelles (celui de la Forêt de Soignes n'étant pas disponible) le dimanche 13 février à 10h. N'ayant pas pu calmer mes ardeurs lors de la soirée de la veille, j'arrive au stade avec le caillou dans l'arrière-train. Bref, j'ai la tête dans le cul.
Vu les efforts accomplis pour être présent en cette matinée brumeuse, j'espère qu'il y aura du monde. Mais à 10h15, il n'y a toujours personne, à la grande stupéfaction de Grégory H. Je me demande vraiment ce que je fais là.

Vers 10h20 une athlète arrive enfin, une enfant de 8 ans qui n'a jamais pratiqué l'athlétisme. Je discute avec sa maman, et mon très cher collègue en profite pour filer à l'anglaise ! Je n'ai plus que mes yeux (vitreux) pour pleurer. Je donne une séance de longueur à la jeune fille, qui arrive péniblement à sauter deux mètres. Malgré tout, je prends un certain plaisir à donner cet entrainement. Ce doit être ça, le feu sacré...

Le mardi suivant, ce sont les vacances de Carnaval et je n'ai qu'une seule athlète à l'entrainement. Elle est minime, je décide de lui faire lancer le disque. Elle souffre d'un léger handicap moteur, ce qui rend la chose plus compliquée pour elle. Mais elle s'accroche, lance des dizaines de fois et ce avec beaucoup d'énergie et d'envie. Elle ne veut pas s'arrêter. Quel mental ! On termine la séance plus tard que prévu. Des années plus tard, Emilie gagnera des médailles d'or lors des championnats de Belgique paralympiques en sprint, c'est ce que j'apprendrai avec joie via une news publiée sur le site de la LBFA.

Les mardis suivants seront assez semblables aux précédents : peu d'athlètes, des enfants de niveaux et d'âges très différents et un niveau d'assiduité et de motivation assez limité... Mais même dans ces conditions, c'est avec plaisir et enthousiasme que je viens donner mes séances d'entrainement à Auderghem !

Début avril, il y a une compétition organisée à Auderghem. Des 1000 mètres sont au programme. Peu d'athlètes du club sont présents. L'un des jeunes que j'ai eu l'occasion d'entrainer, Nathan, abandonne en pleurs après 600 mètres, victime de problèmes respiratoires. Son père est déçu, et moi aussi. Il ne continuera pas l'athlétisme très longtemps mais au moins il aura goûté, ne fusse qu'un tout petit peu, à ce bel et noble sport.

Pour des raisons d'emploi du temps liées à mes études, je cesserai d'entrainer au club d'IXEL à la mi-avril.

Quelques mois plus tard, en septembre 2005, je reviendrai dans le club de mon coeur et de ma
ville, le CABW, pour y entrainer les minimes. Le feu sacré sera toujours là et la chance me sourira.

Mais jamais je n'oublierai où tout a commencé...

11:12 Écrit par Hugues dans Divers | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

Hugues, entraineur ET écrivain talentueux. Belle plume l'ami et belle histoire... qui fini (ou est-ce un commencement?) bien ! :)

Écrit par : Brieuc | 18/03/2012

Effectivement, belle plume :)
J'adore quand tu fais ça...

que dire de plus ?

Écrit par : Oli | 18/03/2012

Que dire de plus: Génial! :)
Vivement le prochain épisode... (déjà 2 si je ne m'abuse)

Écrit par : Nathan | 18/03/2012

Merci les gars :-)

Écrit par : Hugues L. | 22/03/2012

Belle histoire. Toujours surprenant de voir comment cela à commencer. ;)

Écrit par : Massimo | 26/03/2012

Les commentaires sont fermés.